Du ministre de l'éducation, Benoît Hamon on pourra saluer l'audace quand il était au ministère de l'Economie Sociale et Solidaire, il avait alors légiféré sur une loi phare des droits du consommateur et du citoyen : les actions de groupe. Ces "class action" à la française permettent depuis aux consommateurs lésés par des défauts de fabrication par exemple de s'associer et de ne présenter qu'une plainte commune devant un tribunal, en divisant ainsi les frais d'avocats et de démarches.

Le public a apprécié également ses positions sur la guerre Likoud-Hamas dont il a rappelé la réalité, fustigeant ceux qui voudraient la réduire à une inexacte guerre Israëlo-Palestinienne. De même pour le débat sur l'austérité imposée et l'indéfectible loyauté vis à vis d'un programme de campagne qui ne se fera pas en un jour ni en deux ans. Exit ceux qui veulent réduire à une prise de bec hollando-frontistes, les dernières déclarations des intéressés, afin d'enfoncer encore un peu plus le stéréotype d'un gouvernement faible et désorganisé.

Reste qu'on pourrait attendre plus d'audace encore de la part de Benoît Hamon dans le domaine de l'Education. Le ministre a certes reconnu enfin des réalités telles que à démographie galopante on devait répondre par davantage de postes, il a ainsi promis la création à venir de 20 000 emplois. Il a fait le blâme d'une vision négative de l'Ecole qui jusque dans les dîners de famille n'encouragent pas les élèves à faire confiance et à s'investir dans leurs études. Il a fustigé l'attitude consumériste de ces mêmes parents et élèves qui veulent une école à la carte dans des domaines qui ne les dérangent pas trop.

Il s'est cependant accroché à sa réforme des rythmes scolaires, généralisant une mesure sans doute bénéfique aux milieux culturellements démunis mais fatiguant davantage des élèves mieux lotis, qui, eux, aimeraient pouvoir dormir et jouer le mercredi ou le samedi matin. Et on sait combien ses deux activités sont tout aussi éducatives que des cours passifs ou trop longs.

Si le ministre admet que les programmes ont besoin d'être réécrits - et c'est le cas- pourquoi ne pas les alléger vers l'essentiel pour apprendre moins vite mais de manière plus sûr pour tous ? Les ZEP ont créée des zones où l'école de la République s'occtroyait -sur le papier- plus de moyens et personne n'a criée à la mesure inégalitaire. Pourquoi ne pas imposer la semaine de 4,5 jours dans certains établissements et pas dans d'autres ? Si le ministre encourage ses troupes à la pédagogie différenciée, pourquoi le ministère ne pourrait-il pas de lui-même montrer l'exemple ? Ou bien faut-il faire comprendre aux petits Français que, dès le plus jeune âge, quatre jours assis bien sages ne suffit pas à être un futur bon citoyen et travailleur ?

Hamon a également cité les piètres résultats de l'OCDE, rappelant que les petits Français ont peur de se tromper dans une école qui les noie dans le nombre et ne leur donne pas confiance en eux...Pourquoi alors ne pas copier La Nouvelle Zélande, l'Australie ou l'Islande et leurs si beaux résultats ? En Islande, 15 minutes de pause entre chaque cours pour ménager la concentration des élèves et leur envie d'apprendre. Pourquoi maintenir à tous les niveaux les notes puisqu'elles nuisent à la très efficace pédagogie de l'erreur - que le ministre a lui-même citée en exemple ? Pourquoi ne pas copier l'Allemagne et l'Angleterre qui, depuis 200 ans, proposent les cours théoriques le matin et la pratique l'après-midi ? A moins que la semaine de 4,5 j ne soient que les prémisses - timides- de ces réformes ?

Il a promis cependant des tablettes et des tableaux numériques en nombre pour rendre plus interactifs les cours et sans doute aussi pour pallier l'éducation de masse qui mette un enseignant devant 28 élèves en primaire, et devant 30 à 37 autres en collège et en lycée. On peut se demander si le coup de ces investissements et leur maintenance - ce sont des outils fragiles et les élèves ne sont pas vraiment soigneux - ne vaudrait pas celui d'un recrutement plus large d'enseignants afin de faire baisser de manière drastique et le stress des élèves et le stress des adultes en milieu scolaire...

Aux détracteurs qui diraient que les syndicats enseignants s'y opposent, on pourrait dire que ces derniers sont bien peu représentatifs des agents qu'ils sont censés représentés. Et pour cause, lassés des luttes de pouvoir interne et des cotisations devenues excessives en regard d'un pouvoir d'achat en bérézina, ces mêmes enseignants préfèrent oeuvrer sur le terrain que de se faire représenter par des syndicats souvent mal informés. Et du reste, le ministère sait très bien ne pas écouter les syndicats quand il le souhaite... Alors, monsieur le ministre, soyez audacieux !